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Collage photographique : penchée sur une table, une personne retient à deux mains des fils tendus qui relient des blocs de papier découpé ; un ruban corail relie deux blocs sans que personne ne le tienne.

La taxe de la complexité à l'heure de l'IA.

Plus une entreprise grandit, plus elle paie pour se coordonner. L'IA peut réduire cette taxe ou la rendre plus confortable. Tout dépend de ce que vous arrêtez d'abord.

À dix, on faisait dix. À cent, on fait cinquante. Si votre entreprise a grandi, vous connaissez ce calcul. Plus elle grossit, plus elle passe de temps à se coordonner, à se rendre des comptes, à se conformer.

Le BCG l'a mesuré dès 2014 : en soixante ans, les exigences auxquelles les entreprises doivent répondre ont été multipliées par six, et la complication qu'elles ont fabriquée pour y faire face, par trente-cinq. Le diagnostic a plus de dix ans, et rien n'indique qu'il ait été traité. En 2025, Microsoft constate dans l'usage de ses propres outils que les salariés les plus sollicités sont interrompus en moyenne toutes les deux minutes ; plus d'un dirigeant sur deux juge son travail chaotique et fragmenté. Cette complication en trop est une taxe. Aucun budget ne la fait apparaître, et c'est l'intégralité de votre organisation qui la paie chaque jour.

Graphique : selon les indices du BCG, la complication des organisations a été multipliée par 35 en six décennies, contre plus de 6 pour la complexité des affaires.

L'IA promet de faire baisser cette taxe. Elle peut aussi l'alourdir : rien de plus facile que d'automatiser une réunion inutile. Avant de choisir un outil, décidez ce qui doit être arrêté, délégué, simplifié ou conservé.

Ce sont vos meilleurs experts qui paient

Regardez où passe le temps de vos experts, ceux recrutés pour leurs compétences métier ou techniques différenciantes. Une partie de leurs journées sert à mettre de l'huile dans les rouages : relancer, consolider, préparer la réunion qui prépare le comité. Ils compensent un fonctionnement devenu trop compliqué pour tenir sans eux, et ce temps manque à vos clients.

Cette taxe tombe sur les personnes les plus chères de l'entreprise, parce qu'elles sont les seules à savoir comment les pièces s'emboîtent. Et leur dévouement a un effet pervers : tant que quelqu'un rattrape l'erreur, elle ne remonte nulle part, et personne n'en corrige la cause. La taxe se prélève sur l'attention de ceux qui savent, et elle masque les défauts qu'elle compense.

Ce coût se voit mal, parce qu'il est dispersé dans les agendas. Le jour où Bain & Company a reconstitué l'emploi du temps des équipes d'une grande entreprise, le cabinet a trouvé 300 000 heures par an consacrées à alimenter une seule réunion : celle du comité exécutif, chaque semaine.

Graphique : sur les 300 000 heures de réunion mobilisées chaque année par le comité exécutif hebdomadaire, 7 000 heures pour le comité lui-même, 20 000 pour les briefings de ses 11 membres avec leurs responsables d'unité, et environ 273 000 pour les réunions en cascade aux niveaux inférieurs.

Ces heures ne résultent d'aucune décision. Elles s'accumulent : chaque comité, chaque reporting, chaque circuit de validation a été ajouté pour une bonne raison, et presque aucun n'a été retiré. Et plus l'équipe grandit, plus ça coûte : à cinq, une équipe compte dix relations possibles ; à cinquante, 1 225. Une partie de cette coordination est nécessaire. Le problème, c'est quand elle grossit plus vite que les exigences auxquelles elle répond : c'est l'écart de six à trente-cinq mesuré par le BCG.

Ce que l'IA peut reprendre à vos experts

Vos logiciels portent déjà une partie de la complexité. Votre ERP applique des milliers de règles, vos workflows font circuler des milliers de dossiers. Ils prennent en charge tout ce qui peut être mis en champs et en règles. Le reste est resté à vos experts : lire le fil de quarante messages, réconcilier deux versions d'un même fichier, traduire le besoin d'un métier dans la langue d'un autre, trancher le cas qui n'entre dans aucune case.

C'est précisément cette part que l'IA sait désormais traiter. Chez Procter & Gamble, sur de vrais projets de développement produit, une personne seule équipée d'IA a fait aussi bien qu'un binôme sans IA. Surtout, les ingénieurs R&D et les commerciaux, qui proposaient chacun des solutions marquées par leur métier, produisaient avec l'IA des propositions équilibrées. L'outil a fait une partie du lien entre deux métiers, celui qui exige d'ordinaire de réunir deux personnes autour d'une table.

C'est la vraie promesse de l'IA pour une organisation : continuer à gagner des clients, des offres et des contraintes sans ajouter au même rythme des comités, des niveaux hiérarchiques et des experts accaparés par le lien entre les autres. Encore faut-il ne pas la gâcher.

Ce qui se passe quand l'IA arrive chez vous

Voici ce que nous voyons le plus souvent quand l'IA arrive dans une entreprise. Chacun l'adopte pour sa propre tâche. Les notes du comité s'écrivent plus vite, les comptes rendus se résument en quelques secondes, le reporting du lundi est prêt avant le café. Tout le monde gagne du temps. Et lundi prochain, la réunion a lieu, à la même heure, avec les mêmes slides, simplement mieux écrites.

Les gains individuels sont réels, et la taxe reste entière, puisque le dispositif qui consomme ce temps n'a pas bougé. Il y a pire : c'était la pénibilité de ce travail qui finissait par pousser quelqu'un à remettre le circuit en cause. En la rendant indolore, l'IA retire ce signal.

L'IA a rendu la complication plus confortable, donc plus durable.

La taxe baisse quand quelqu'un pose la question que l'outil ne pose jamais : si préparer cette note ne coûtait plus rien, en aurait-on encore besoin ? Parfois la réponse est non, et la note disparaît. Parfois la consolidation peut être produite à la demande, plutôt que chaque lundi. Dans les deux cas, on a touché au circuit, pas seulement à l'outil.

Schéma : dans la voie 1, l'IA accélère la préparation des notes mais la réunion hebdomadaire reste inchangée ; dans la voie 2, la direction se demande si ces notes doivent encore exister, puis les supprime ou les remplace par une consolidation à la demande.

C'est notre premier principe : recâbler le travail avant de l'outiller, en le pensant pour tirer le meilleur de l'humain et de la machine. Le gain, lui, est bien réel, on l'a vu chez Procter & Gamble. Encore faut-il décider de ce qu'on fait du temps libéré.

L'IA ajoute sa propre taxe difficile à discerner

Premier piège : l'illusion du gain

Début 2025, des développeurs expérimentés équipés d'IA estimaient avoir gagné 20 % de temps ; mesurés, ils avaient mis 19 % de temps en plus.

Graphique : début 2025, les développeurs estimaient que l'IA réduisait de 20 % le temps de leurs tâches ; mesurées, ces tâches leur ont pris 19 % de temps en plus.

Les outils de code ont significativement progressé depuis, c'est un sujet à part entière, mais la leçon tient : un gain ressenti ne vaut pas un gain mesuré.

Deuxième piège : le travail qui a l'air fini

Des chercheurs américains l'ont baptisé « workslop » : un document généré par IA, soigné en apparence, pauvre sur le fond, dont l'effort retombe sur celui qui le reçoit. En 2025, 40 % des salariés interrogés aux États-Unis disaient en avoir reçu au cours du mois précédent, et chaque cas leur demandait près de deux heures de traitement, selon leurs déclarations. La taxe change alors de payeur : elle passe de celui qui écrit à celui qui lit, souvent le manager ou l'expert qui doit vérifier et trancher.

Troisième piège : l'éparpillement

En 2024, 78 % des travailleurs du savoir qui utilisaient l'IA y apportaient leurs propres outils, et 80 % dans les petites et moyennes entreprises. Le savoir-faire migre alors dans des prompts et des scripts que seuls leurs auteurs connaissent. Vous risquez de remplacer une bureaucratie visible par une seconde, invisible cette fois. Le shadow AI est en cela plus pernicieux encore que le shadow IT, puisqu'il externalise votre savoir-faire en plus de votre savoir.

Les parades

Chacun de ces pièges a sa parade. Contre l'illusion du gain, mesurez plutôt que de vous fier au ressenti des équipes. Contre le workslop, exigez que tout ce que produit l'IA soit relu avant d'être transmis : ce temps de relecture est la part utile de la nouvelle taxe, ne cherchez pas à le supprimer. Contre l'éparpillement, trois règles suffisent au départ : une notice indiquant quels outils sont autorisés et pour quoi faire, un inventaire à jour de vos outils et agents utilisés, et des responsables. N'en ajoutez pas d'autres, au risque de créer un comité de plus.

Ces parades contiennent la nouvelle taxe. Pour faire baisser l'ancienne, il faut retirer quelque chose.

Par où commencer

Prenez la réunion la plus lourde de votre entreprise : comité de direction, revue mensuelle, point commercial. Comptez ce qu'elle coûte réellement : le temps des participants, celui de la préparation, celui des comptes rendus, multiplié par le nombre de semaines dans l'année.

Passez ensuite chaque document qui l'alimente au crible d'une seule question : qui le lit vraiment, et quelle décision en sort ? Supprimez ce qui ne répond pas. Faites-le pour de bon, pendant un mois, et regardez ce qui change.

Seulement après, mettez l'IA sur ce qui reste, et en priorité sur le travail de compensation de vos experts : retrouver l'information, réconcilier les versions, vérifier la conformité, préparer le dossier pour qu'ils n'interviennent que là où leur jugement compte. Ces tâches sont ingrates et rarement en tête des cas d'usage présentés en comité. Ce sont pourtant elles qui rendent du temps de métier. Dans cet ordre, le temps gagné reste gagné. Dans l'ordre inverse, il part dans de nouveaux rapports.

Pour que cela tienne, il faut quelqu'un qui ait le droit de supprimer une réunion ou un rapport sans réunir tout le monde pour en décider. Si personne n'a ce droit chez vous, commencez par le donner.

Le test

Vos équipes gagnent du temps avec l'IA. Où est-il passé ?

Si aucune réunion, aucun rapport, aucune validation n'a disparu, vous ne l'avez pas gagné. Vous l'avez déplacé. Reste à trouver sur quoi.

Et le jour où vous l'aurez vraiment gagné, une autre question se posera. Ceux qui payaient la taxe étaient aussi ceux qui comprenaient comment votre entreprise tenait : en refaisant chaque jour les liens entre les services, ils en gardaient la carte en tête. Si l'IA entretient ces liens à leur place, votre organisation pourra devenir plus complexe qu'aucune personne ne sait se la représenter, et continuer de fonctionner. Qui, chez vous, comprendra encore comment elle marche ?

Sources

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La présentation qui accompagne cet article, à lire ici ou à conserver au format PowerPoint.

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Un premier échange pour identifier par où commencer.